Partager l'article ! WHO - My Generation: EP BRUNSWICK 1965 10 671 (édition française) ...
EP
BRUNSWICK
1965
10 671 (édition française)
CRITIQUE
Rock&Folk Hors série n°20 "901 chansons" - décembre
2004.
Si les Who, et en l'occurrence Pete Townshend, n'avaient pas bénéficié d'un regard extérieur, celui du manager Kit Lambert, la face du rock aurait peut-être été différente. A l'origine, la première mouture enregistrée par le guitariste est plus un hommage au blues qu'autre chose. Après écoute, Lambert lui suggère de durcir le ton car il sent que le public du groupe est prêt pour ce genre de discours où il est question de "mourir jeune avant de devenir vieux". Pour lui, ce genre de phrase ne peut être chantée de façon classique. Un peu plus tard, les Who entrent en studio sous la direction de Shel T ahny. Même jouée plus durement, la chanson ne satisfait toujours pas le manager. A un moment, Daltrey, qui fait une consommation industrielle d'amphétamines, se met à bégayer les paroles. Il interrompt donc l'enregistrement en attendant de retrouver son calme. C'est compter sans Kit Lambert qui l'encourage à enregistrer une prise complète en bégayant. Dès la sortie du disque, c'est un énorme succès, même si la BBC rechigne à le passer de peur d'offusquer ses auditeurs bègues (authentique !). Malgré cela, pour la première fois au monde, un groupe de rock interprète une chanson qui incite son public à se déchaîner. Dans la foulée, c'est la tournée US au cours de laquelle le groupe parachève son œuvre en prenant l'habitude de casser tous ses instruments à la fin des concerts. Pour comprendre tout le poids de "My Generation" sur son époque, il n'est peut-être pas inutile de visionner le passage des Who à la télé américaine qui se trouve sur le film "The Kids Are Alright". En quelques minutes, tout est résumé. Townshend pète sa guitare, Daltrey envoie promener le micro et Keith Moon fracasse sa batterie tandis que, seul, Entwistle continue à jouer sa ligne de basse comme si de rien n'était. Avec "My Generation", c'est le début du durcissement du rock qui trouvera un premier aboutissement avec le punk 77 et Nirvana un peu plus tard. Pour la première fois de l'histoire de ce genre musical, les jeunes se trouvent face à une chanson explicite qui leur raconte autre chose que les sempiternelles histoires de virées en voiture, de dragues et d'histoires à deux balles concernant des problèmes d'acné. Evidemment, par la suite, les Who laisseront très rapidement tomber le côté superficiel du groupe comme les jolies fringues et les coupes de cheveux à la mode pour durcir à leur tour leur comportement dans la vie. Quand on écrit des paroles comme '']' espère mourir avant de devenir vieux", il est aussi logique de partager l'adage avec ses fans. Dommage pour Keith Moon. GV